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Le fantôme d'Arthur Burns

Ils tournent autour d'Arthur F. Burns, le célèbre président de la Fed à cette l'époque. Il a fait profiter la banque centrale américaine de son expertise sur le cycle des affaires. Il a d'ailleurs écrit en 1946 avec Wesley C. Mitchell un ouvrage qui est devenu la référence sur ce thème ; ils y  étudient les secousses cycliques de l'économie américaine en remontant jusqu'au 19° siècle. Travailler avec lui avait quelque chose d'intimidant, surtout pour quelqu'un dans ma position. Je devais organiser des réunions hebdomadaires sur les sujets que Burns connaissait le mieux. Il utilisait son savoir pour souligner les failles de ses collaborateurs. J'ai rapidement compris qu'il était impossible de lui dire quoi que ce soit.

Cependant, Burns qui gouvernait la Fed d'une main de fer ne disposait pas le cadre analytique voulu pour évaluer les interactions entre l'économie réelle et l'inflation, et leur relation avec la politique monétaire. Accroché aux chiffres, il avait tendance à segmenter les problèmes qu'il rencontrait en tant que décideur, notamment l'émergence de ce qui allait devenir la Grande Inflation. De même que pour le cycle des affaires, il pensait que les prix dépendaient essentiellement de facteurs spécifiques ou exogènes, autrement dit que le "bruit" n'avait rien à voir avec la politique monétaire.

C'était une erreur de proportion épique. En 1973 le prix du pétrole américain a fait un bond de 400% en raison de l'embargo sur le pétrole décidé par l'OPEP après la guerre du Yom Kippour. Estimant que l'inflation n'avait rien à voir avec la politique monétaire, Burns a alors voulu exclure le pétrole et les autres sources d'énergie (par exemple le fuel domestique et l'électricité) de l'indice des prix à la consommation. Le personnel de la Fed a protesté en disant que l'on ne pouvait ignorer des biens de consommation aussi importants, d'autant qu'ils comptaient pour plus de 11% de la totalité dans l'indice des prix à la consommation. Burns s'est alors montré inflexible : si nous refusions de faire ce calcul, il le ferait faire par "quelqu'un à New-York" - une allusion à ses postes précédents à l'université de Colombie et au Bureau national de recherche économique.

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